Iran, pétrole et inflation : le choc énergétique peut-il interrompre la détente des taux ?
Par Alban Stievenart, fondateur de Stievenart Capital Partners
Les tensions entre l’Iran et les États-Unis maintiennent une forte prime de risque sur les marchés de l’énergie. Après les décisions de juillet de la BCE et de la Fed, une hausse durable du pétrole pourrait repousser la baisse des taux, sans rendre automatique un nouveau cycle de resserrement monétaire.
Le Brent a gagné près de 7 % le 29 juillet pour clôturer à 90,74 dollars le baril, avant de revenir à 89,03 dollars le lendemain après avoir atteint 93,31 dollars en séance. Ces écarts en vingt-quatre heures montrent à quel point les cours réagissent aux frappes, aux annonces diplomatiques et aux informations sur la circulation maritime. Pour les banques centrales, le niveau atteint pendant une séance importe moins que la durée du choc. Une poussée brève des prix de l’énergie peut relever temporairement l’inflation. Elle devient plus préoccupante lorsqu’elle s’installe et commence à peser sur l’ensemble de l’économie. Dans ses dernières analyses, la BCE souligne que les conséquences dépendront de l’intensité du choc, de sa durée et de ses effets indirects.

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Iran et pétrole : le risque ne se limite plus au détroit d’Ormuz
Le détroit d’Ormuz demeure la principale vulnérabilité. Selon l’Energy Information Administration américaine, 20,7 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers y transitaient chaque jour au quatrième trimestre 2025. Ce volume est tombé à 14,6 millions au premier trimestre 2026. Les pipelines terrestres permettent de détourner une partie des exportations du Golfe, mais ils ne peuvent remplacer toute la capacité de cette route maritime.
L’amélioration observée en juin n’a pas effacé le choc. L’Agence internationale de l’énergie estimait que l’offre mondiale avait rebondi de 4,1 millions de barils par jour sur le mois, tout en restant inférieure de 9,4 millions de barils à son niveau d’avant-guerre. La reprise des hostilités en juillet a de nouveau fragilisé les flux et renchéri le transport, les assurances et la protection des navires.
Le marché ne manque pas seulement de brut. Plusieurs raffineries du Moyen-Orient et de Russie ont été arrêtées ou endommagées. Le 30 juillet, la prime du gazole européen par rapport au Brent a atteint un record de 74,66 dollars par baril. La fermeture de la raffinerie saoudienne de Jizan et l’arrêt partiel du site koweïtien d’Al-Zour ont resserré l’offre de diesel, utilisé dans le transport, l’industrie et l’agriculture.
Une détente du Brent ne se traduit donc pas forcément par une baisse rapide des prix des carburants. Le pétrole peut être disponible alors que les installations capables de le transformer en essence, gazole ou kérosène fonctionnent au ralenti. Pour l’Europe, cette contrainte de raffinage compte désormais presque autant que le passage des pétroliers par Ormuz.
Du pétrole à l’inflation : la BCE et la Fed face à un arbitrage délicat
Dans la zone euro, l’inflation annuelle est estimée à 2,9 % en juillet, contre 2,8 % en juin, selon l’estimation rapide publiée par Eurostat le 31 juillet. La composante énergétique affiche la hausse la plus forte, avec une progression de 10,0 % sur un an, après 8,5 % en juin. Les services accéléreraient légèrement à 3,3 %, contre 3,2 % le mois précédent. L’inflation reste ainsi supérieure à la cible de 2 % de la BCE, tandis que la pression énergétique continue de se renforcer.
Le 23 juillet, la BCE a maintenu son taux de dépôt à 2,25 %, ainsi que ses deux autres taux directeurs à 2,40 % et 2,65 %. Cette décision est intervenue après un relèvement de 25 points de base en juin. La Banque centrale ne s’engage sur aucune trajectoire prédéfinie : ses prochaines décisions dépendront des nouvelles données, de l’inflation sous-jacente et de la transmission de sa politique monétaire.
La Réserve fédérale a également laissé ses taux inchangés le 29 juillet, dans une fourchette comprise entre 3,50 % et 3,75 %. Le vote, acquis par neuf voix contre trois, signale toutefois un débat plus tendu. Les trois dissidents souhaitaient relever les taux de 25 points de base. Le communiqué de la Fed mentionne une inflation encore trop élevée, en partie liée à des chocs d’offre touchant notamment l’énergie.
Relever les taux ne ferait pas sortir davantage de pétrole du Golfe. Cela freinerait en revanche le crédit, l’investissement et la consommation. La BCE et la Fed peuvent tolérer un choc passager. Elles réagiront davantage si les entreprises répercutent durablement leurs coûts, si les salaires accélèrent ou si les anticipations d’inflation s’éloignent de leurs objectifs.
Taux et marchés : trois trajectoires plutôt qu’un scénario unique
Les marchés ne réagissent pas seulement au niveau du pétrole. Ils tentent surtout d’évaluer la durée du choc et la réponse des banques centrales. C’est ce qui explique que les cours puissent changer brutalement d’une séance à l’autre, au gré d’une annonce diplomatique, d’une interruption de production ou d’une déclaration de la Fed.
Une accalmie durable redonnerait de l’air aux banques centrales. Si les flux pétroliers se normalisent et que les tensions sur les raffineries diminuent, l’inflation énergétique pourrait progressivement refluer. La BCE et la Fed retrouveraient alors davantage de liberté pour reprendre leur assouplissement monétaire. Les obligations à échéance longue et les entreprises sensibles au coût du crédit pourraient en bénéficier.
Un conflit prolongé, mais contenu, conduirait plutôt à une période d’attente. Le pétrole resterait cher sans connaître de nouvelle flambée, tandis que les taux seraient maintenus à leur niveau actuel plus longtemps que prévu. Cet environnement ne provoquerait pas nécessairement une crise, mais il continuerait de peser sur les secteurs endettés, l’immobilier et les activités fortement consommatrices d’énergie.
Le scénario le plus difficile serait celui d’une nouvelle rupture de l’offre. Une hausse simultanée du pétrole, des carburants et des coûts de transport réduirait le pouvoir d’achat tout en maintenant l’inflation à un niveau élevé. Les banques centrales seraient alors confrontées à un choix inconfortable : soutenir une économie en ralentissement ou durcir leur politique pour préserver la stabilité des prix.
Pour les investisseurs, l’enjeu n’est donc pas de prévoir avec certitude l’issue du conflit. Il consiste plutôt à comprendre comment chaque scénario pourrait affecter les taux, les obligations, les actions et les secteurs les plus exposés au coût de l’énergie. Une allocation construite autour d’une seule hypothèse, par exemple une baisse rapide et continue des taux, devient plus vulnérable dès que le contexte change.




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